NF DTU 36.5 : jeu de pose et tolérances à vérifier pendant le relevé
Le jeu de pose ne se décide pas au bureau, au moment de passer la commande. Il se décide sur le chantier, face au support, quand on a encore le mètre et le niveau à la main. Voici ce que le NF DTU 36.5 demande de contrôler pendant le relevé, avec des ordres de grandeur de terrain — et ce qu'on fait quand le support s'en écarte.
Au sommaire
- Ce que couvre le NF DTU 36.5
- Pourquoi le jeu se décide au relevé
- Les tolérances du support : les valeurs à contrôler
- Équerrage, diagonales et baie « en losange »
- Le jeu périphérique : ce que disent les notices
- Ce que le type de pose change au jeu
- Dépose totale ou rénovation sur dormant existant
- Le calfeutrement du joint périphérique
- La check-list des contrôles à faire sur place
- Un relevé qui tient devant le DTU
- Questions fréquentes
Sur un chantier, le jeu de pose est traité comme une évidence : « on laisse 10 mm ». En réalité, c'est une valeur qui dépend du matériau, du système, de la teinte, de la dimension de la menuiserie et de l'état du support. Et surtout : elle n'a de sens que si le support respecte les tolérances prévues. Une baie hors tolérance avec un jeu théorique correct, ça donne un dormant qu'on ne peut ni caler ni calfeutrer proprement — et une reprise à votre charge.
1. Ce que couvre le NF DTU 36.5
Le NF DTU 36.5 — « Mise en œuvre des fenêtres et portes extérieures » — est le document de référence français pour la pose des menuiseries extérieures, en neuf comme en rénovation, quel que soit le matériau. Il ne parle pas de fabrication : il parle de mise en œuvre. Concrètement, il traite :
- la reconnaissance et la réception du support avant la pose, avec les tolérances dimensionnelles et géométriques admises ;
- les types de pose et les conditions de leur emploi (neuf, rénovation avec ou sans conservation du dormant) ;
- le calage et les fixations : nature, nombre, répartition ;
- le calfeutrement et l'étanchéité à l'air et à l'eau du joint périphérique ;
- les dispositions particulières selon l'exposition et la nature du gros œuvre.
Attention à une subtilité qui revient souvent en réunion de chantier : les tolérances du gros œuvre en béton et en maçonnerie ne sont pas définies dans le DTU 36.5 mais dans le NF DTU 20.1, auquel il renvoie. Pour les supports bois et métal, les valeurs figurent en annexe du 36.5 lui-même. Ça change tout dans une discussion avec le maçon : ce n'est pas « votre » norme qui impose la planéité du tableau, c'est la sienne.
Le texte officiel est payant. AFNOR Éditions le vend sous la référence NF DTU 36.5 (boutique AFNOR) : une offre qui regroupe les parties P1-1 (cahier des clauses techniques types), P1-2 (critères généraux de choix des matériaux) et P2 (cahier des clauses administratives spéciales types) d'avril 2010, ainsi que le fascicule FD DTU 36.5 P3 d'octobre 2010 (mémento de choix en fonction de l'exposition). La boutique l'indiquait « en vigueur » lors de notre consultation, le 12 octobre 2026. Les valeurs chiffrées de ce guide sont des ordres de grandeur de terrain, pas des extraits du texte : en cas de doute ou de litige, seul le document officiel, avec les pièces du marché, fait foi.
2. Pourquoi le jeu se décide au relevé, pas à la commande
C'est le point que presque personne ne formule. Le jeu de pose apparaît d'habitude comme une ligne de calcul : cote tableau moins jeu égale cote de fabrication. Sauf que le jeu n'est pas une constante : c'est un arbitrage. Et cet arbitrage a besoin d'informations qu'on n'a que sur place.
Face au support, vous voyez ce que la commande ne verra jamais : un tableau qui part de 12 mm entre le haut et le bas, un appui creux au milieu, un linteau qui a bougé, un doublage de 100 mm qui impose une tapée, une brique éclatée à l'angle qui ne tiendra pas une cheville. Chacune de ces observations pousse le jeu dans un sens : plus de jeu pour rattraper un défaut, moins de jeu quand le tableau est propre et qu'on veut préserver la surface vitrée.
Un jeu décidé au bureau, sur une cote isolée, c'est un jeu appliqué à un support imaginaire. C'est exactement pour cela que ces contrôles appartiennent à la méthode de prise de cote sur chantier : mesure en trois points, diagonales, aplomb, niveau, état du support. Le calcul qui en découle — passer de la cote relevée à la cote à fabriquer — est détaillé de son côté dans le guide sur la cote tableau, la cote de fabrication et la cote hors tout. Ici, on reste sur les valeurs à contrôler et sur ce qu'elles autorisent.
3. Les tolérances du support : les valeurs à contrôler
Voici les ordres de grandeur les plus couramment retenus pour une baie destinée à recevoir une menuiserie extérieure. Ils se contrôlent avec un mètre, un niveau et une règle — rien d'autre.
| Ce qu'on contrôle | Tolérance courante | Comment on le mesure | Ce que ça change si c'est dépassé |
|---|---|---|---|
| Dimensions de la baie (largeur et hauteur) |
± 10 mm | Trois mesures en largeur, trois en hauteur ; on retient la plus petite et on note l'écart | Baie trop petite : la menuiserie ne rentre pas. Trop grande : le jeu devient un vide que le calfeutrement ne comble plus |
| Faux-aplomb du tableau | 2 mm / m | Niveau posé sur le tableau, mesure de l'écart en haut et en bas | Le dormant ne se règle plus d'aplomb sans manger le jeu d'un côté |
| Défaut d'horizontalité | 2 mm jusqu'à 1,50 m 3 mm au-delà |
Niveau sur le linteau et sur l'appui, sur toute la largeur | Traverse haute ou basse hors niveau : quincaillerie qui force, ouvrant qui frotte |
| Dénivelé de l'appui | 3 mm / m plafonné à 10 mm |
Règle posée sur l'appui, mesure des creux à la cale ou au mètre | Calage instable, appui qui retient l'eau, étanchéité basse compromise |
| Équerrage (diagonales) | ≈ 5 mm d'écart | Mesure des deux diagonales, d'angle à angle opposé | Baie en losange : jeu inégal, calage asymétrique, à signaler au fabricant |
| Planéité du tableau | Selon support | Règle appliquée sur le tableau, recherche des bosses et des creux | Bande précomprimée qui ne comprime pas partout : fuite d'air localisée |
Référence : NF DTU 36.5 — Mise en œuvre des fenêtres et portes extérieures (CSTB). Les tolérances du gros œuvre béton et maçonnerie relèvent du NF DTU 20.1 ; celles des supports bois et métal figurent en annexe du NF DTU 36.5. Les valeurs ci-dessus sont des ordres de grandeur de terrain : en cas de litige, c'est le texte en vigueur et les documents particuliers du marché qui font foi.
4. Équerrage, diagonales et baie « en losange »
Le contrôle des diagonales prend dix secondes et c'est celui qu'on oublie le plus. On mesure d'angle à angle opposé, dans les deux sens. Deux diagonales égales : la baie est d'équerre. Un écart de quelques millimètres, disons jusqu'à environ 5 mm : c'est la vie normale d'une maçonnerie, ça se rattrape au calage.
Au-delà, la baie est en losange. Le mot compte, parce qu'il décrit le problème mieux qu'une valeur : les angles ne font plus 90°, et un dormant rectangulaire posé dans un losange laisse un jeu qui varie sur la hauteur. Trois conséquences immédiates :
- le calage devient asymétrique : les cales ne sont plus au même endroit ni de la même épaisseur des deux côtés ;
- le calfeutrement doit absorber un joint d'épaisseur variable, ce qui exclut certaines bandes précomprimées calibrées pour une plage étroite ;
- l'habillage (couvre-joint, aile, appui) trahit le défaut à l'œil, même quand la pose est bonne.
La bonne pratique : noter les deux diagonales sur le relevé, en clair, pas seulement leur écart. Un fabricant qui voit « D1 = 2 412 / D2 = 2 389 » comprend immédiatement de quoi il s'agit. Un fabricant qui reçoit « ouverture hors d'équerre » ne peut rien en faire.
5. Le jeu périphérique : ce que disent les notices
Le jeu entre le dormant et la maçonnerie se fixe avec la notice du système. Dans les notices de fabricants consultées, en PVC comme en aluminium, on retranche le plus souvent 5 mm par côté en pose en tunnel ou en feuillure, soit 10 mm sur la largeur ; en hauteur, la déduction dépend de l'appui.
Deux règles ne changent pas. Le jeu doit laisser la place du calfeutrement : les calepins de chantier demandent des cales d'au moins 5 mm et un joint de mastic de 5 à 20 mm de large. Et il augmente quand la menuiserie est longue, quand le matériau se dilate beaucoup (le PVC environ trois fois et demie plus que l'aluminium) ou quand elle chauffe (teinte foncée, façade plein sud). Écrivez toujours si votre jeu est donné par côté ou au total.
| Ce qui fait varier le jeu | Ce qu'il faut savoir |
|---|---|
| Le calfeutrement | Le jeu doit lui laisser sa place : cales d'au moins 5 mm, joint de mastic de 5 à 20 mm de large en classes 12,5E et 25E (10 à 20 mm en 12,5P), plage de compression du produit pour une bande précomprimée. |
| Le matériau | Le PVC se dilate environ trois fois et demie plus que l'aluminium ; le bois bouge peu à la chaleur, mais réagit à l'humidité. |
| La longueur | Plus la menuiserie est longue, plus elle bouge : le jeu augmente. |
| La teinte et l'exposition | Une teinte foncée en façade plein sud chauffe davantage : le jeu augmente. |
| Les défauts de la baie | Un tableau hors d'aplomb ou une baie en losange mangent le jeu d'un côté : notez-les au relevé (sections 3 et 4). |
Sources : les notices de pose de fabricants consultées, en PVC et en aluminium, et les calepins de chantier « Fenêtres et portes extérieures » (FFB, CAPEB et CSTB, 2011) et « Fenêtres avec isolation thermique par l'extérieur » (PACTE, 2017). La valeur applicable reste celle du système de pose et de la fiche du fabricant, qui tient compte de la dimension de la menuiserie, de l'exposition et du type de calfeutrement retenu.
6. Ce que le type de pose change au jeu
Le DTU 36.5 distingue les configurations de pose, et chacune déplace le point de mesure — donc le jeu à appliquer. Ce n'est pas un choix esthétique : c'est le support qui l'impose.
Pour identifier la pose d'une menuiserie déjà en place, le guide de prise de cote donne un schéma en coupe par type de pose.
Pose en tunnel
Le dormant se loge dans l'épaisseur du tableau. Le jeu court sur les quatre côtés du tableau maçonné : c'est la configuration où les tolérances de la baie sont les plus critiques.
Pose en applique
Le dormant vient s'appliquer contre la face intérieure du mur, et le doublage vient autour. On relève le tableau ; le recouvrement est fixé par le système, mais l'épaisseur du doublage, qui décide de la tapée, devient une cote à relever à part entière.
Pose en feuillure
Le gros œuvre présente une feuillure maçonnée. On mesure de fond de feuillure à fond de feuillure et le jeu s'applique à cette cote, pas au nu du mur — erreur fréquente.
Pose sur dormant conservé
Le support n'est plus la maçonnerie mais l'ancien dormant. On mesure son passage au plus étroit, au nez de l'ancienne feuillure, et on retranche le jeu prévu par la notice du système de rénovation.
Un point sur lequel il vaut la peine d'être précis dans le relevé : en applique, deux cotes coexistent et se confondent facilement — le tableau maçonné et l'épaisseur du doublage isolant qui détermine la tapée. Une menuiserie livrée avec la tapée prévue pour un doublage de 100 mm, devant un doublage de 120 mm, reste en retrait du nu de la plaque : il faut alors un retour de plaque ou un habillage jusqu'au dormant. Notez l'épaisseur du doublage mesurée, avec sa composition, pas celle annoncée au téléphone.
Les écarts du support, notés avec la menuiserie concernée
Dans Aplomb, chaque menuiserie relevée porte ses cotes, son type de pose et son jeu, une photo annotée et un commentaire. Un faux-aplomb ou des diagonales hors tolérance s'y notent au moment où vous les mesurez, photo à l'appui, et le relevé sort daté — de quoi poser une réserve sur le support au lieu de la découvrir le matin de la pose.
Essayer Aplomb gratuitement7. Dépose totale ou rénovation sur dormant existant
Sous l'angle des tolérances, le débat entre dépose totale et rénovation sur dormant conservé se résume à une question simple : quel est le support que je dois réceptionner ?
En dépose totale, l'ancien bâti est intégralement retiré. Le support redevient la maçonnerie et toutes les tolérances vues plus haut s'appliquent, comme en neuf. Le piège est temporel : si vous relevez avant la dépose, l'ancien dormant masque encore la maçonnerie et vous cotez sur une valeur qui n'existera plus. Sur un chantier où la dépose n'est pas faite, la seule chose honnête à écrire sur le relevé est « cote sous réserve de dépose », avec une estimation de l'épaisseur du bâti à retirer. La cote à relever, avant comme après la dépose, est détaillée dans notre guide de prise de cote, à la section dépose totale : quelle cote relever.
En rénovation sur dormant existant, le support devient l'ancien dormant. Les contrôles changent de nature : on ne réceptionne plus une maçonnerie, on juge un ouvrage existant. Il faut vérifier que l'ancien dormant est sain (pas de bois pourri, pas de PVC fissuré), qu'il est solidaire du gros œuvre et étanche avec la maçonnerie, qu'il est lui-même à peu près d'aplomb et d'équerre, et que sa section permet la fixation du nouveau dormant. Un ancien bâti qui bouge sous la main disqualifie la rénovation partielle, quelle que soit l'économie annoncée au client.
8. Le calfeutrement du joint périphérique
Le jeu de pose n'a d'intérêt que par ce qu'on met dedans. Le DTU 36.5 encadre les modes de calfeutrement du joint périphérique, et c'est là qu'une confusion répandue mérite d'être dissipée.
Les solutions couramment admises reposent sur trois familles :
- Le mastic sur fond de joint, mis en œuvre sur des supports préparés et compatibles. Les mastics se caractérisent par leur classe de performance — on rencontre notamment les désignations 12,5E, 25E et 12,5P, qui traduisent la capacité de mouvement admissible du joint et son caractère élastique ou plastique. Le choix se fait selon l'amplitude de mouvement attendue du joint, elle-même liée au matériau et à la dimension de la menuiserie.
- Les bandes précomprimées imprégnées, dont les performances d'étanchéité à l'eau sont classées ; les produits de classe 1 sont ceux qui présentent le niveau d'étanchéité le plus élevé de la classification et sont donc retenus pour les joints exposés. Attention : chaque bande est calibrée pour une plage d'épaisseur de joint donnée — un joint hors plage, trop large ou trop serré, ne joue plus son rôle.
- Les profilés et pièces d'adaptation prévus par le système lui-même (couvre-joints, bavettes, profils de recouvrement), qui assurent tout ou partie de l'étanchéité.
Conséquence directe pour le relevé : le mode de calfeutrement retenu conditionne le jeu à prévoir. Une bande précomprimée impose une plage d'épaisseur ; un mastic impose un rapport largeur/profondeur de joint. Autrement dit, on ne peut pas fixer le jeu sans savoir comment on va étancher. C'est une décision de chantier, prise devant le support.
9. La check-list des contrôles à faire sur place
Ce qui suit tient en cinq minutes par menuiserie, une fois le geste installé. C'est le minimum pour qu'un relevé soit défendable :
- Largeur en 3 points (haut, milieu, bas) et hauteur en 3 points (gauche, centre, droite). On retient la plus petite valeur, on note les trois.
- Les deux diagonales, en valeur, pas en appréciation.
- L'aplomb des deux tableaux, au niveau, avec l'écart mesuré en haut et en bas.
- Le niveau du linteau et de l'appui, sur toute la largeur, plus la recherche des creux à la règle.
- La nature et l'état du support : parpaing, brique, béton, ossature bois, ancien dormant ; angles épaufrés, fissures, présence d'un ancien scellement.
- L'épaisseur du doublage mesurée, s'il y en a un, et la tapée qui en découle.
- Le coffre de volet roulant existant ou à prévoir, ses dimensions, et s'il est conservé ou déposé.
- Une photo de l'ouverture entière et une des points singuliers (appui, angle abîmé, ancien dormant).
- Le mode de calfeutrement envisagé, qui conditionne le jeu retenu.
- La mention brute / finie de la cote, et le type de pose retenu.
Ces dix points forment l'ossature d'un document de relevé exploitable. Si vous travaillez encore sur papier, ils gagnent à figurer en cases pré-imprimées plutôt qu'à être écrits de mémoire : c'est l'esprit du modèle détaillé dans le guide de la fiche de prise de cote menuiserie, où ce qui n'a pas de case pré-imprimée se note en observations. Et si vous voulez la version courte de ce qui se perd quand ils sautent, la liste des erreurs de prise de cote qui coûtent une menuiserie reprend chacun de ces oublis avec sa conséquence chiffrée.
10. Un relevé qui tient devant le DTU
Il n'y a pas de secret : les tolérances du NF DTU 36.5 ne servent à rien si elles sont lues au bureau et oubliées sur le chantier. Leur valeur tient à un geste — mesurer, comparer à un seuil, écrire l'écart. Trois mouvements qui prennent moins de temps que le coup de téléphone qu'on passera au fabricant si on les saute.
Le reste de la démarche — le matériel, la mesure en trois points, le sens d'ouverture, les divisions, le report des cotes — est traité dans le guide complet du relevé de menuiserie sur chantier. Et si vous relevez plusieurs menuiseries à la suite, la question devient celle du support de saisie : carnet, tableur ou application. Ce que le numérique change concrètement sur ce point est détaillé dans notre guide pour choisir son application de prise de cote — le principal apport n'étant pas la mesure elle-même, mais le fait que les contrôles deviennent des champs qu'on ne peut plus oublier de remplir.
Pour garder la trace de ces contrôles jusqu'à la remise au client, notre fiche d'autocontrôle de la pose de menuiseries extérieures reprend les points à vérifier, du relevé à la réception.