Tableau de relevé et nomenclature des menuiseries : du chantier au bon de commande
Un relevé finit toujours au même endroit : un tableau. Une ligne par menuiserie, un repère, des colonnes — et au bout, une commande usine. Voici comment construire cette nomenclature de menuiseries pour qu'elle traverse le chantier, le bureau et l'atelier sans être ressaisie ni interprétée.
Au sommaire
- Feuille de métré, nomenclature, bon de commande
- Le système de repères : M01, M02, et le fil rouge
- Les colonnes d'un tableau qui vaut bon de commande
- Quelle cote écrit-on dans la colonne dimensions ?
- Vitrage, quincaillerie, finition : les colonnes qu'on bâcle
- Un exemple de nomenclature remplie
- La ligne de commentaire chantier
- Les contrôles avant d'envoyer à l'usine
- Du relevé au tableau, sans double saisie
- Questions fréquentes
Ce tableau porte trois noms selon la main qui le tient. Tableau de relevé chez le poseur qui rentre du chantier. Nomenclature des menuiseries au bureau d'études ou chez le conducteur de travaux. Bon de commande chez le fabricant. C'est le même document à trois stades de maturité — et chaque passage d'une main à l'autre est une occasion de perdre une information ou d'en inventer une.
L'enjeu n'est donc pas de faire un beau tableau. Il est de faire un tableau dans lequel rien ne se déduit : ni la nature de la cote, ni le côté des paumelles, ni le coloris de la face extérieure. Tout ce qui se déduit finit par se déduire faux, un vendredi soir, par quelqu'un qui n'était pas sur le chantier.
1. Feuille de métré, nomenclature, bon de commande : qui fait quoi
Les trois documents se ressemblent et ne servent pas à la même chose. Les confondre, c'est soit envoyer des brouillons à l'usine, soit refaire trois fois le même travail.
La feuille de métré
L'outil de collecte. On y écrit ce qu'on mesure, y compris les trois valeurs de largeur, les trois de hauteur, les diagonales et les doutes. C'est un document de terrain, raturé, photographié.
La nomenclature
Le document consolidé. Une ligne par menuiserie, une seule cote retenue par dimension, un repère unique. C'est ce qui se chiffre, se commande et se réceptionne.
Le bon de commande
La nomenclature traduite au catalogue du fabricant : gamme, références, coloris RAL, options codées, prix et délais. Il n'ajoute aucune mesure, il en change le langage.
Le modèle de tableau de collecte multi-menuiseries — celui qu'on ouvre le soir pour ressaisir la journée — est traité à part dans notre guide de la feuille de métré menuiserie et son modèle Excel. Ici, on part du principe que le relevé est fait et on s'occupe de ce qui en sort. Si vous en êtes encore à la mesure elle-même, commencez par la méthode complète de prise de cote sur chantier : une nomenclature impeccable construite sur des cotes fausses reste une nomenclature fausse.
2. Le système de repères : M01, M02, et le fil rouge du chantier
Le repère est la colonne la plus importante du tableau, et celle qu'on soigne le moins. C'est pourtant le seul identifiant qui relie le plan, le relevé, la commande, l'étiquette de livraison, le colis sur la palette et le PV de réception. Sans lui, on livre douze fenêtres qui se ressemblent et personne ne sait laquelle va où.
Quelques règles simples, qui coûtent zéro et évitent beaucoup :
- Un préfixe par famille : M pour menuiserie si le lot est homogène, sinon F pour les fenêtres, P pour les portes, C pour les coulissants, PF pour les portes-fenêtres. Deux caractères maximum.
- Deux chiffres, toujours : M01 et non M1. Un tableur trie M10 avant M2, jamais avant M02.
- Un ordre de parcours constant : on numérote niveau par niveau, dans le même sens de rotation à chaque étage (par exemple dans le sens des aiguilles d'une montre en partant de l'entrée). Le poseur retrouve alors les repères sans le plan.
- Un repère par menuiserie physique, pas par type. Deux fenêtres identiques peuvent partager une ligne avec une quantité de 2 uniquement si elles ont les mêmes cotes de fabrication, la même pose, le même sens d'ouverture et les mêmes options. Au moindre écart, deux lignes.
- Un repère ne se recycle jamais. Si M04 est supprimé après l'envoi, la ligne reste, barrée, avec la mention « annulé ». Renuméroter derrière, c'est garantir que deux versions du tableau circulent en même temps.
3. Les colonnes d'un tableau qui vaut bon de commande
Une nomenclature exploitable tient en une quinzaine de colonnes. Chacune correspond à une question que l'atelier vous posera si elle est vide — et chaque question posée par téléphone, c'est un jour de délai et une réponse donnée de mémoire.
| Colonne | Ce qu'on y écrit | Pourquoi elle existe |
|---|---|---|
| Repère | M01, M02, F03… | Identifiant unique, reporté sur plan et sur colis |
| Quantité | 1, 2, 3… | Regroupement autorisé seulement si tout est strictement identique |
| Localisation | RDC / séjour / façade sud | Permet de retrouver la menuiserie sans le plan |
| Désignation | Fenêtre 2 vantaux oscillo-battante | Décrit l'ouvrage en clair, avant toute référence catalogue |
| L × H fabrication | 1180 × 1350 mm | La cote à fabriquer, en millimètres, jamais en centimètres |
| Cote tableau relevée | 1200 × 1370 mm | Garde la trace du relevé et rend le calcul vérifiable |
| Type de pose | Applique / feuillure / tunnel / rénovation / dépose totale | Conditionne le jeu appliqué et le dormant à commander |
| Sens d'ouverture | Tirant droit, vu de l'intérieur | Le point de vue doit être écrit, pas sous-entendu |
| Vantaux & divisions | 2 vantaux, imposte fixe 400 mm, allège 0 | Position des traverses et des meneaux |
| Matériau & coloris | PVC blanc intérieur / gris 7016 extérieur | Un bicolore non signalé se fabrique en monocolore |
| Vitrage | 4/16/4 FE argon, feuilleté 44.2 côté intérieur | Sécurité, acoustique et thermique se commandent ici |
| Quincaillerie | Poignée alu, serrure 3 points, paumelles réglables | Souvent l'écart de prix le plus important entre deux devis |
| Accessoires | Volet roulant, coffre, seuil, tapée, grille de ventilation | Occupent des dimensions et changent la cote disponible |
| Commentaire chantier | Texte libre : contrainte, accès, défaut relevé | La colonne qui sauve la pose (voir plus bas) |
4. Quelle cote écrit-on dans la colonne dimensions ?
C'est la seule ambiguïté qui coûte une menuiserie entière. Deux colonnes distinctes valent mieux qu'une colonne floue : la cote tableau relevée d'un côté, la cote de fabrication de l'autre, chacune avec un intitulé qui ne laisse aucun doute — et l'unité dans l'en-tête, en millimètres.
Le passage de l'une à l'autre dépend du type de pose et du jeu retenu. Nous le détaillons dans le guide dédié à la différence entre cote tableau, cote de fabrication et cote hors-tout, et les tolérances du support qui conditionnent ce jeu sont traitées dans le guide jeu de pose et NF DTU 36.5. Retenez simplement, pour votre tableau : la valeur du jeu appartient au système du fabricant, elle doit être appliquée une seule fois, et il faut pouvoir dire qui l'a appliquée — vous ou l'usine. Un jeu déduit deux fois, c'est une menuiserie trop petite de 20 mm.
5. Vitrage, quincaillerie, finition : les colonnes qu'on bâcle
Les cotes sont vérifiées trois fois. Les options, presque jamais — et ce sont elles qui déclenchent les avoirs.
Le vitrage
Notez la composition, pas seulement « double vitrage ». La distinction entre un vitrage courant, un feuilleté de sécurité et un vitrage acoustique renforcé se joue sur une ligne de tableau. Précisez aussi de quel côté se trouve le feuilleté : intérieur pour la sécurité des personnes, extérieur pour l'anti-effraction, ce n'est pas le même produit.
La quincaillerie
Type de manœuvre (poignée, béquille, crémone), nombre de points de fermeture, type de paumelles, présence d'un limiteur d'ouverture ou d'une entrebâilleur. C'est ici que se logent les écarts de prix entre deux propositions apparemment identiques — et ici que le client remarque la différence, parce qu'il touche la poignée tous les jours.
La finition
Coloris intérieur et coloris extérieur, dans deux cases distinctes. Un bicolore noté dans une seule case est presque toujours fabriqué en monocolore. Ajoutez la texture (lisse, grainée) et, pour le bois, la nature du produit de finition et le nombre de couches — un bois livré brut alors qu'il était prévu fini, c'est deux jours d'atelier imprévus.
La nomenclature qui sort du relevé, pas d'une ressaisie
Dans Aplomb, chaque menuiserie relevée porte son repère, ses cotes et ses options. Le tableau récapitulatif du chantier se construit au fur et à mesure, et s'exporte en PDF ou en tableur avec les schémas cotés repère par repère. Rien n'est retapé le soir : ce que vous avez saisi devant l'ouverture est ce que lit l'atelier.
Essayer Aplomb gratuitement6. Un exemple de nomenclature remplie
Voici à quoi ressemblent trois lignes d'un tableau de relevé prêt à partir. Les valeurs sont illustratives : elles montrent le niveau de précision attendu, pas des cotes à reprendre.
| Rep. | Qté | Local | Désignation | L × H fab. (mm) | Pose | Ouverture | Coloris int. / ext. | Observation |
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
| M01 | 1 | RDC séjour | Coulissant 2 vantaux alu | 2380 × 2150 | Applique | Galandage non — 1 vantail mobile côté gauche | Blanc 9016 / gris 7016 | Seuil PMR. Appui à reprendre, désaffleurement 8 mm relevé. |
| M02 | 2 | RDC ch. 1 et 2 | Fenêtre PVC 1 vantail OB | 780 × 1150 | Rénovation (dépose partielle) | Tirant droit, vu de l'intérieur | Blanc / blanc | Ancien dormant bois conservé, sain. Tapée 100 mm. |
| M03 | 1 | R+1 palier | Fenêtre PVC 2 vantaux + imposte fixe | 1180 × 1660 | Dépose totale | Tirant droit, vu de l'intérieur | Blanc / blanc | Imposte 400 mm. Diagonales : écart 14 mm, calage à prévoir. |
Chaque ligne devrait être accompagnée de son schéma coté et d'au moins une photo de l'ouverture, référencés par le même repère. Un tableau sans croquis se relit mal ; un croquis sans tableau ne se commande pas.
7. La ligne de commentaire chantier
C'est la colonne que les modèles gratuits oublient, et c'est celle qui a le plus de valeur. Le commentaire n'intéresse pas l'usine : il intéresse le poseur qui reviendra dans six semaines, et qui n'aura ni le souvenir ni le temps de refaire le tour.
Ce qu'on y met, concrètement :
- Les défauts relevés : écart de diagonales, appui désaffleuré, linteau fissuré, tableau qui s'évase. Avec la valeur, pas seulement l'adjectif.
- Les contraintes d'accès : passage étroit, étage sans ascenseur, dimension maximale manutentionnable, besoin d'une nacelle ou d'un échafaudage.
- Ce qui n'était pas décidé le jour du relevé : coloris à confirmer, choix du seuil en attente, arbitrage client. Une case « en attente » assumée vaut mieux qu'une valeur inventée.
- Ce qui dépend d'un autre corps d'état : enduit non fait, doublage à venir, cloison à monter. Ce sont les cotes qui bougeront.
8. Les contrôles avant d'envoyer à l'usine
La nomenclature est un document qui engage. Cinq minutes de relecture méthodique avant l'envoi valent mieux qu'un avoir négocié trois semaines plus tard.
- Comptez. Somme des quantités du tableau = nombre de menuiseries sur le plan. C'est le contrôle le plus bête et celui qui attrape le plus d'oublis.
- Vérifiez l'unicité des repères. Un doublon de repère dans un tableur se repère en trente secondes et se paie très cher en livraison.
- Relisez la colonne des cotes en diagonale. Une valeur qui détonne dans une colonne de cotes voisines est presque toujours une faute de frappe : un 1180 devenu 1080, un chiffre inversé.
- Contrôlez les sens d'ouverture par paires. Sur deux fenêtres symétriques, deux « tirant droit » sont suspects.
- Traquez les cases vides et remplacez-les par une valeur ou par « sans objet ».
- Vérifiez la cohérence pose / cote. Une ligne « dépose totale » avec une cote manifestement prise à l'intérieur d'un ancien dormant est une erreur de nature de cote.
Ces contrôles couvrent les défauts qui naissent dans le tableau. Ceux qui naissent devant l'ouverture — mesure unique, ouvrant mesuré à la place du dormant, coffre de volet oublié — sont recensés dans notre guide des erreurs de prise de cote qui coûtent une menuiserie, et la méthode de mesure elle-même reste celle du guide complet du relevé sur chantier.
9. Du relevé au tableau, sans double saisie
Le circuit classique compte deux ressaisies : du carnet vers le tableur, puis du tableur vers le configurateur du fabricant. Chacune est une occasion de sauter une ligne, de décaler une colonne ou de recopier la cote de M04 sur la ligne de M05. C'est une erreur silencieuse : rien ne la signale, et elle ne se découvre qu'à la livraison.
La parade tient en un principe : la donnée doit être saisie une fois, à l'endroit où on l'observe, c'est-à-dire devant l'ouverture. Le tableau n'est alors plus un document qu'on rédige, mais une vue de ce qui a été relevé — trié par repère, exportable, et toujours à jour. C'est ce que fait une application de relevé de cotes sur tablette ou mobile : les cotes, le repère, la pose et les options entrent une fois, le récapitulatif du chantier se construit tout seul, et l'export part à l'atelier avec les schémas cotés.
Honnêtement : aucun outil ne dispense de vérifier. Il supprime la recopie, pas la réflexion. Mais sur un chantier de vingt menuiseries, supprimer la recopie supprime déjà la moitié des reprises.