Feuille de métré menuiserie : le modèle Excel du relevé multi-menuiseries
Une fiche par menuiserie, ça marche jusqu'à dix ouvertures. Sur un chantier à quarante, il faut un tableau : une ligne par menuiserie, des cotes qui se contrôlent toutes seules et une cote de fabrication calculée par formule. Voici comment monter cette feuille de métré, colonne par colonne — et où elle vous lâchera.
Au sommaire
Le métré d'un lot menuiseries, ce n'est pas mesurer une fenêtre : c'est mesurer quarante ouvertures en gardant la trace de chacune, sans en oublier une, sans mélanger deux repères et sans se retrouver au bureau avec une ligne dont on ne sait plus si la cote est celle du tableau ou celle du dormant. Le geste de mesure lui-même — trois points en largeur, trois en hauteur, diagonales — est traité en détail dans notre guide complet de la prise de cote en menuiserie. Cette page-ci ne parle que du document : le tableur qui reçoit ces mesures.
1. Fiche unitaire ou feuille de métré : où est la bascule
Les deux documents ne servent pas au même moment. La fiche de prise de cote unitaire — une menuiserie par feuille A4, avec le croquis et la place pour annoter — est ce qu'on emmène dans la camionnette. Elle se remplit debout, une main occupée, et elle supporte la pluie mieux qu'un écran.
La feuille de métré, elle, est un document de synthèse. Elle n'a d'intérêt que quand il faut trier, compter et comparer : combien de fenêtres à deux vantaux oscillo-battants sur ce chantier, combien de coulissants, quelles ouvertures sortent des tolérances, quel repère manque encore. Ces gestes sont impossibles sur une pile de feuilles A4.
En pratique, la bascule se situe autour de dix ouvertures. En dessous, le tableur coûte plus de temps qu'il n'en fait gagner. Au-delà, il devient indispensable — et à trente ou quarante menuiseries, il est le seul document qui permette de vérifier que le relevé est complet avant d'envoyer la commande.
2. Les colonnes d'une feuille de métré qui tient
Une ligne par menuiserie. Une colonne par information atomique — jamais deux données dans la même case, sinon le tri et les formules deviennent impossibles. Voici la structure de référence, découpée en trois blocs : identification, mesures brutes, cotes calculées.
| Col. | Champ | Contenu attendu | Pourquoi |
|---|---|---|---|
| A | Repère | M01, M02, M03… | Identifiant unique, reporté sur le plan et sur l'étiquette de livraison |
| B | Niveau | RDC, R+1, combles | Permet de trier le relevé dans l'ordre de pose |
| C | Pièce / façade | Chambre 2, façade sud | Localise la menuiserie sans avoir à ouvrir le plan |
| D | Type de menuiserie | F2V OB, PF1V, coulissant 2 rails | Conditionne la quincaillerie et le prix |
| E | Type de pose | Tunnel, applique, feuillure, dépose totale, rénovation sur dormant | Détermine la correction à appliquer pour la cote de fabrication |
| F–H | L1 · L2 · L3 | Largeurs haut, milieu, bas (mm) | Les trois mesures brutes, conservées telles quelles |
| I–K | H1 · H2 · H3 | Hauteurs gauche, centre, droite (mm) | Idem : on note tout, on ne trie pas de tête |
| L–M | D1 · D2 | Les deux diagonales (mm) | Le contrôle d'équerrage se calcule, il ne s'estime pas |
| N–O | Largeur / hauteur retenues | Formule MIN | La plus petite valeur : celle qui garantit que la menuiserie entre partout |
| P | Contrôle équerrage | Formule (écart des diagonales) | Alerte visuelle immédiate sur les ouvertures en losange |
| Q–R | Cotes de fabrication | Formule (cote retenue + correction) | Ce qui part réellement à l'usine |
| S | Sens d'ouverture | Tirant droit, poussant gauche… | Toujours préciser depuis quel côté on regarde |
| T | Vitrage & options | 4/16/4 ITR, volet roulant, seuil PMR | Évite un aller-retour avec le fournisseur |
| U | Observation chantier | Appui à reprendre, doublage 100 mm, photo n° 12 | La colonne qui sauve le chiffrage trois semaines plus tard |
Vingt-et-une colonnes, c'est beaucoup à l'écran et c'est normal : figez la première ligne et les colonnes A à C, sinon vous perdrez le repère dès la colonne L.
3. Les six formules à poser dans le tableur
Une feuille de métré sans formules n'est qu'un tableau de recopie — c'est-à-dire le problème, pas la solution. Six formules suffisent à transformer la feuille en outil de contrôle. Les exemples ci-dessous sont écrits pour la ligne 2, en syntaxe française (Excel et LibreOffice Calc).
Largeur et hauteur retenues
On saisit les trois mesures, on ne calcule jamais de tête laquelle est la plus petite :
- Largeur retenue (N2) :
=MIN(F2:H2) - Hauteur retenue (O2) :
=MIN(I2:K2)
L'écart de tableau, qui n'est pas un détail
Ajoutez une colonne masquée ou une mise en forme conditionnelle sur =MAX(F2:H2)-MIN(F2:H2). Quelques millimètres, c'est la vie normale d'une maçonnerie. Vingt millimètres sur 1,20 m, c'est une information de pose qu'il faut transmettre — calage, quantité de calfeutrement, parfois choix du type de pose.
Le contrôle d'équerrage
Les deux diagonales égales, l'ouverture est d'équerre. Sinon, l'écart doit sauter aux yeux :
=SI(OU(L2="";M2="");"";SI(ABS(L2-M2)>5;"⚠ "&ABS(L2-M2)&" mm";"OK"))
Le seuil de 5 mm est un usage courant de terrain, pas une valeur normative universelle : les tolérances dimensionnelles applicables au support relèvent du DTU, et nous les détaillons dans le guide sur le jeu de pose et les tolérances du DTU 36.5. Ajustez le seuil à ce que vous acceptez de laisser passer sans le signaler.
La cote de fabrication
C'est la formule qui fait la valeur de la feuille. Le principe : un second onglet Corrections, une ligne par type de pose, avec deux valeurs signées en millimètres — une correction en largeur, une en hauteur. Négative quand la menuiserie s'inscrit dans l'ouverture (tunnel, feuillure, dépose totale : on retranche le jeu périphérique), positive quand elle vient recouvrir le tableau (pose en applique).
- Largeur de fabrication (Q2) :
=SI(N2="";"";N2+RECHERCHEV($E2;Corrections!$A:$C;2;FAUX)) - Hauteur de fabrication (R2) :
=SI(O2="";"";O2+RECHERCHEV($E2;Corrections!$A:$C;3;FAUX))
Les valeurs à mettre dans l'onglet Corrections viennent de la fiche de pose du fabricant et du système retenu — jamais d'une règle universelle. La logique des trois cotes (tableau, hors-tout, fabrication) et le détail des déductions par type de pose sont traités dans le guide dédié à la cote tableau, cote de fabrication et cote hors tout : c'est là qu'il faut aller avant de remplir cet onglet.
Le contrôle de doublon de repère
=SI(NB.SI($A$2:$A$500;$A2)>1;"DOUBLON";"")
Deux lignes M07 sur un chantier à quarante menuiseries, c'est une menuiserie livrée sans destination et une pose bloquée. Cette formule coûte trente secondes.
4. Le repère : la colonne qui évite les confusions
Sur un chantier à quinze menuiseries, on s'en sort avec « la fenêtre de la cuisine ». À quarante, non. Il faut un système de repères court, unique et stable : M01, M02, M03, sur deux chiffres pour que le tri alphabétique reste correct au-delà de dix.
La règle qui fait toute la différence : le même repère doit exister à quatre endroits — sur le plan, dans la feuille de métré, sur le bon de commande, et sur l'étiquette de la menuiserie livrée. Un repère qui change de forme entre le relevé et la commande (M07 qui devient F7, puis « chambre 2 ») est une erreur de pose en attente.
C'est ce jeu de repères qui permet ensuite de transformer la feuille de métré en document de commande. Ce sont deux documents distincts : la feuille de métré porte les mesures brutes et les observations, la nomenclature ne porte que les cotes validées et les quantités. Le passage de l'un à l'autre est décrit dans le guide tableau de relevé et nomenclature des menuiseries.
La feuille de métré qui se remplit sur le chantier
Aplomb enregistre une menuiserie par repère, calcule la cote retenue et la cote de fabrication selon le type de pose, contrôle les diagonales, et exporte le tout en tableau — sans jamais repasser par une recopie du soir. Ça se saisit d'une main, ça fonctionne sans réseau, et le schéma coté se dessine tout seul.
Essayer Aplomb gratuitement5. Cinq règles de tenue du tableau
- Une ligne par menuiserie, jamais une ligne par pièce. Deux fenêtres voisines qui « font la même chose » ne font presque jamais la même cote au millimètre. Grouper interdit tout tri et tout repérage à la livraison.
- Tout en millimètres, en nombres entiers. Pas de virgule, pas de « 1,20 m », pas d'unité tapée dans la cellule : une cote suivie de « mm » devient du texte et casse toutes les formules.
- Jamais de cellule vide sur une colonne de contrôle. Une case vide se lit comme « pas d'anomalie » alors qu'elle signifie « pas mesuré ». Mettez un tiret ou une couleur, et faites la différence explicitement.
- La colonne observation n'est pas facultative. Appui à reprendre, épaisseur de doublage, tapée à prévoir, coffre de volet roulant conservé : ce sont ces lignes qui font la différence entre un chiffrage tenu et un avenant.
- Une seule version du fichier. « métré_chantier_V3_final_LG.xlsx » circulant par e-mail est la première cause d'écart entre ce qui a été relevé et ce qui a été commandé.
6. Là où le tableur lâche : la recopie du soir
Il faut le dire honnêtement : une feuille de métré à vingt-et-une colonnes ne se remplit pas sur un chantier. Elle se navigue mal sur un téléphone, mal au clavier tactile, et pas du tout avec un mètre dans une main et une lampe dans l'autre. Dans les faits, le déroulé est presque toujours le même : on note au carnet ou sur les fiches papier pendant la journée, et on saisit le tableur le soir, au bureau.
C'est là que le problème se déplace sans disparaître. Le tableur fiabilise le calcul — les MIN, les écarts, les corrections de pose — mais il n'a aucune prise sur la ressaisie. Une ligne décalée d'un cran, un 1198 lu 1189, une hauteur reportée sur la mauvaise ligne : ces erreurs-là traversent toutes les formules sans jamais déclencher d'alerte, parce que la valeur fausse est parfaitement plausible. Et une menuiserie sur mesure mal cotée ne se reprend pas.
La seule façon de supprimer cette erreur, c'est de supprimer l'étape : saisir la cote une fois, à l'endroit où on la lit, et laisser le tableau se construire à partir de là. C'est le raisonnement développé dans notre guide sur le relevé de cotes menuiserie sur tablette et mobile, et c'est aussi pourquoi le pilier du site insiste autant sur la vérification des cotes avant de quitter le chantier : ce qui n'est pas contrôlé sur place ne se rattrape plus au bureau.
Questions fréquentes
À partir de combien de menuiseries faut-il passer au tableur ?
Quelles colonnes doit contenir une feuille de métré menuiserie ?
Quelle formule Excel pour retenir la plus petite cote ?
=MIN(F2:H2), et la hauteur retenue =MIN(I2:K2) si les trois hauteurs sont en I, J et K. On saisit les trois mesures et on ne calcule jamais de tête : la colonne retenue doit être une formule, jamais une valeur tapée.